Les Francs-Maçons
au Maroc
sous la IIIe République
1867 - 1940
 

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Odo Georges
Table Générale des matières - Bibliographie  . § 1 - 1867 Implantation au Maroc  .  § 2 - 1925 Les FF∴ et Lyautey  . § 3 - 1927 Steeg et l'extériorisation . § 4 - 1929/1930 Décret berbère . § 5 - 1931 Problèmes internes . § 6 - 1933 Politisation intensifiée§ 7 - 1934 les "Affaires"  .    § 8 - 1936 le Front Populaire  . § 9 - 1938/1940 : Fin d'une époque  .  § 10- la Franc Maçonnerie et la presse  . § 11- les loges espagnoles  .   § 12- Tanger zone internationale. § 13 - Moulay Hafid  . ............................                Tableau des Loges
 

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Première_vie_maçonnique
Pendant_et_après_la_guerre_14-18_
Pendant_la_guerre_du_Rif_:_1921-1925._
La_montée_des_fascismes._
CHAPITRE     XII

 

 
Tanger zone internationale
        
Première vie maçonnique
 
Quand en 1912 le Protectorat est instauré au Maroc, la F.M. est installée à Tanger depuis près de cinquante ans, ayant contribué dans la mesure de ses moyens à la pénétration européenne dans ce pays.
 
A cette date "La Nouvelle Volubilis" est au cœur de tous les problèmes, au point d’attache des représentations diplomatiques et des milieux économiques, à l’écoute de tout ce qui vient de l’intérieur. 1912 année de plénitude pour cette loge du GODF avec sa cinquantaine de membres ; même si les passages restent nombreux,  soit vers l’étranger comme Nessim Cohen pour l’Argentine, soit vers le Tonkin comme Durel et Petitjean, soit vers la zone française comme Prise d’Avesnes pour Mogador où, accueilli par le F:. Sandillon également venu de Tanger, il crée la première école française. La loge a le sentiment d’être à l’avant-garde d’une implantation progressive !
 
Son rayonnement bénéficie de ses bons rapports avec l’obédience espagnole qui l’héberge. Sur le plan profane elle regroupe, comme l’obédience espagnole, des personnalités de la communauté tangéroise : le F:. Gautsch représentant du puissant Groupe Schneider, président du syndicat des intérêts français au Maroc et de l’Alliance Française, Lalaurie, industriel et Conseiller du commerce Extérieur, Perrier, créateur de l’école française et président de la Mission Laïque, de la Ligue de l’Enseignement, Pacreu, vice-président de l’Union des Travailleurs Français... La loge possède en outre son propre journal Le Petit Marocain et peut compter sur le F:. Hubert Jacques pour répercuter ses prises de position dans Le Matin en France. Sans oublier l’audience dont elle jouit à Paris auprès du Conseil de l’Ordre.
 
En 1912, la grande question est la mise en place du Protectorat. Le 16 mars, alors que Regnault quitte Tanger pour signer à Fès le Traité du Protectorat, une très longue lettre est adressée par la loge au GODF avec double  à la GLDF. L’attaque contre la légation n’est pas nouvelle, mais alors que jusque là le reproche était que la légation bridait la pénétration du capital français, c’est maintenant les avantages offerts au grand capital qui lui sont reprochés. Le F:. Gautsch ne peut s’opposer à cette évolution liée à l’arrivée de nouveaux venus : "Nous vous demandons de combattre énergiquement la candidature de M. Regnault au poste de Résident Général... il a pour ami et confident un brasseur d’affaires, M. Robert-Raynaud très connu dans le parti colonial... On peut acheter par exemple un domaine de 30.000 hectares, mais qu’un petit capitaliste demande l’aide de la Légation pour lui faciliter la création d’une petite propriété [et cela devient impossible]... M. Regnault n’est pas républicain... il est soutenu par le ministre de la guerre M. Millerand. Son défenseur dans la presse est le journal le plus réactionnaire qui soit La Liberté. Il a tout fait pour nuire aux F:.M:. de Tanger connus de lui...".
 
Le 30 mars est signé le traité du Protectorat, mais le 17 avril l’émeute éclate à Fès où se trouve encore M. Regnault. Le gouvernement Français, après avoir hésité, préfère Lyautey à Damade comme Résident Général. Cette nomination ne comble pas d’aise les FF:. mais l’éviction de Regnault l’emporte sur le moment. D’autant plus que le F:. Hubert, présent à Fès en tant que correspondant du journal Le Matin, informe la loge de l’assassinat du F:. Bringau, ingénieur particulier du Sultan, et de son épouse. Ce récit le F:. Hubert le reprendra dans un ouvrage fort lu Les journées sanglantes de Fez où il rend Regnault responsable des événements.
 
Pendant et après la guerre 14-18
 
La guerre met un terme à la période de plénitude de la loge. En novembre 1914, le vénérable Perrier écrit : "Situation tragique... tous nos FF:. sauf trois sont mobilisés"... En janvier 1915, "je ferai de mon mieux étant mobilisé sur place"... En septembre 1918, "impossible de nous faire représenter au convent". En juillet 1919, "la loge n’a pas encore pu reprendre ses activités". Difficultés que n’ont pas les Espagnols qui, en 1917, sortent leur journal Fiat Lux.
 
Ce n’est qu’en décembre 1920 que les colonnes sont relevées. Afin d’éviter des frais de local "nous travaillerons dans le même local que les loges espagnoles et italiennes". Une commission réunira les représentants de : "La Nouvelle Volubilis" du GODF, "Morayta", "Minerva" et "Abd el Aziz" toutes trois du GODE, "Concordia" du GOD’Italie.
 
La loge retrouve aussitôt son attitude critique à l’encontre de la politique française menée au Maroc. Mais la question du Protectorat laisse place au problème "du statut spécial de Tanger" et  à "la défense de la masse indigène exploitée et isolée par des spéculateurs qui ont réussi, avec la complicité des pachas et des ministres de France qui se sont succédé à Tanger".
 
Dès le mois de mars 1921, un rapport est adressé à Paris "sur les agissements de l’agence diplomatique à Tanger... les complaisances du maréchal Lyautey envers le gouvernement espagnol et surtout le roi d’Espagne... Notre tyranneau Lyautey caresse l’espoir de lui céder la zone de Tanger".... En décembre 1921, c’est un nouveau rapport contre le tribunal consulaire de France cette fois : "nous avons consigné notre point de vue dans une brochure rédigée en plusieurs langues, que nous avons répandue à près de 3.000 exemplaires".
 
Pour les FF:. Tangérois il s’agit de s’opposer, en ce qui concerne la zone de Tanger, aux tendances annexionnistes de l’Espagne et indépendantistes de l’Angleterre. Contrairement aux craintes exprimées par la loge, Lyautey s’est toujours opposé à ces demandes en défendant l’intégrité de l’Empire Chérifien. Situation qui trouve son épilogue dans la convention du 18 décembre 1923, signée à Paris, qui fait de Tanger une ville chérifienne d’administration internationale. Ce qui comble d’aise la loge de Tanger.
 
La loge à cette date  "a créé et dirige l’Alliance Française, le Foyer Français, le Cercle Français, la Ligue de l’Enseignement, la Ligue des Droits de l’Homme, l’Union des Travailleurs... La mise en œuvre peut compter sur L’Union Française de Tanger, organe de l’Union des Travailleurs mais surtout sur Les Annales Tangéroises publiées par Ch. Hodelin et où l’on retrouve des articles du Cri Marocain de Casablanca ; on y prend à partie l’armée, l’église et on y réclame un Résident civil. 
 
Pendant la guerre du Rif : 1921-1925.
 
C’est alors que la loge va se retrouver au centre des préoccupations avec l’affaire du Rif, même si l’axe Rabat- Casa a pris de l’importance auprès de Paris.
 
Dès 1921, la déroute du général Sylvestre à Anoual face à Abd el Krim inquiète Lyautey qui décide d’occuper les Beni Zéroual pour bloquer l’extension de la poche rifaine. Les FF:., dont l’analyse est propagée en France par le F:. Dunet, y voient une provocation. Un rapport de la loge tangéroise du 8 décembre 1924 estime "la politique du maréchal Lyautey désastreuse pour la France et catastrophique pour Tanger. Cet homme est néfaste et son remplacement s’impose" ; rapport qui reçoit l’aval du Conseil de l’Ordre : "nous tiendrons compte dans la plus large mesure de ces renseignements et de ces suggestions ".
 
Les FF:. Tangérois arguent que "l’Espagne n’ayant pu accomplir le mandat qui lui avait été confié" pour demander que le Protectorat Français vienne jusqu’à la zone de Tanger, elle-même enrichie de  Ceuta. "Un accord sur ce point avec Abd el Krim est impossible tant que Lyautey est à Rabat"... "avec un nouveau Résident il est très probable que le chef rifain reconnaîtrait la souveraineté du Sultan. Il suffirait que le Sultan lui confiât le Khalifat de toute la zone dissidente dont Tétouan...". Si la question rifaine n’est pas évoquée en séance plénière du premier Congrès des Loges du Maroc en mars 1925 à Rabat, certainement par prudence, par contre ce rapport tangérois est repris dans le n°16 de L’Acacia de février 1925 en France. Le mouvement trouve un écho favorable au Congrès des Loges du Sud-Ouest de la GLDF puis aux Convents de la GLDF et du GODF en septembre. Ces critiques à l’encontre du Résident Général vont participer de la décision de Painlevé de créer une situation telle que Lyautey préfère démissionner en octobre, non sans avoir sauvé au préalable Fès menacée.
 
Le départ de Lyautey et l’arrivée de Steeg (considéré comme F\ de la GL) à la Résidence sont concomitants de la création en juillet 1925 de la loge "l’Union 543" à Tanger par la GLDF. Nom repris en souvenir de la loge "Union 194" qui avait ouvert la voie dès 1867 pendant une dizaine d'années.
 
Le F:. Azancot, vénérable de "l’Union 543" de la GL, détient l’autorisation par Abd el Krim de ravitailler les prisonniers dans le Rif. Il lui est demandé par la Résidence de faire bénéficier de cette autorisation M.Parent. Nouvel  émissaire de Steeg qui a utilisé jusque là le F:. Montagne  du côté de Taourirt pour doubler l’action de M.Gabrielli, le représentant désigné par Lyautey auprès de Abd el Krim. Le F:. Auguste Montagne, appartenant à la GL et futur directeur du "Cri Marocain", s'active dans le Rif sous couvert de négociations sur le sort des prisonniers,. Il espère gagner Abd el Krim à la cause de la France et jeter avec lui les bases d’une solide collaboration, dont les grandes lignes ont été décrites dans le rapport de la loge de Tanger.
 
Ces idées étant jugées dangereuses par l’entourage de Steeg, Auguste Montagne est écarté au profit de Pierre Parent jugé plus docile. La délégation Parent - Dr Gaud, rendue possible par l’intervention du F:. Azancot, facilitera finalement la rédition d’Abd el Krim, "à la suite de deux entretiens pathétiques avec le capitaine Suffren et le Lt de Vaisseau Robert Montagne"… membre de la GLDF, comme son frère Auguste, et futur professeur du Collège de France.
 
Le F:. Carette-Bouvet salue cette action dans son journal Le Cri Marocain du 6 mars 1926 : "Félicitations aux Français de la loge de Tanger... filiale de la GL, qui, en un geste d’honnête et véritable confraternité humaine, sut regrouper sous son égide, pour travailler d’un commun accord, dans un esprit de concorde et de paix, Espagnols et Français...".
 
La montée des fascismes.
 
La question du statut de Tanger réglée, l’affaire rifaine en voie d’apaisement, "La Nouvelle Volubilis " va rentrer dans le rang.
 
Le second Congrès des Loges du Maroc à Casablanca en mars 1926 lui fait sentir cette évolution. Son délégué regrette que l’affaire du Rif n’ait pas été portée à l’ordre du jour du Congrès et demande que cette question soit mise à l’étude des loges pour être discutée au Convent. Le Congrès en reste au vœu d’une intervention énergique auprès du gouvernement pour qu’une solution rapide soit trouvée...  Au cours de ce même Congrès Tanger n’obtient pas que les Congrès du Maroc soient fixés à sa demande en raison de son éloignement. Ce qui fait que dorénavant la loge de Tanger sera représentée par des FF:. d’autres Ateliers et deviendra, de plus en plus, une lointaine nébuleuse dans le dispositif des loges Françaises au Maroc.
 
En fait, Tanger devient la plaque tournante de la F.M. Espagnole avec les Loges du GOE , de la GLE et du Derecho Humano, dont les relations sont intenses avec le Maroc Espagnol tout proche. Clef de voûte de cet ensemble : le Chapitre "Samuel Guitta", du nom d’un F:. tangérois, président honoraire de la Ligue des Droits de l’Homme et pendant vingt cinq ans vénérable de la loge " Morayta n°284 ".
 
La proximité du Maroc Espagnol fait que Tanger va suivre attentivement la montée du fascisme. En 1936, la zone espagnole sert de base de départ aux armées nationalistes de Franco et les loges de cette région vont être balayées. Les réfugiés républicains affluent à Tanger ou bien se dirigent vers le Maroc français où des triangles puis des loges vont s’ouvrir. Mais à Tanger l’inquiétude règne dans les milieux maçonniques car de nombreux fascistes espagnols viennent s’installer. Les loges espagnoles se mettent en sommeil dès 1937-1938 avant que le GOE  ne prenne le chemin de l’exil pour Paris puis pour Mexico.
 
Le 14 juin 1940, des méhallas khalifiennes, venues du Maroc Espagnol occupent Tanger sous le prétexte d’y maintenir une situation normale. Les deux loges d’obédience française, GO et GL, prennent alors les mêmes mesures que les loges espagnoles quelques mois plus tôt et se mettent à leur tour en sommeil. Elles ne font que précéder de quelques semaines celles installées dans le reste du Maroc, sous Protectorat Français.
 
S . Pénétration européenne au Maroc avant le Protectorat français.
S . Le Protectorat français : chronologie
S . Tanger : chronologie
S    CHRONOLOGIE DU PROTECTORAT.
 

S  Hasard de l'histoire :
Compas et Équerre relevés sur une maison de Volubilis au Maroc

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