Les expressions mystiques sont
d’une façon générale sinon exclusive liées à un saint patron(Walii) et à une
confrérie maraboutique (Tarîqat) qui lui sont dédiées, donc à une Zaouïa qui est
l’objet d’une ou plusieurs Ziaras hebdomadaires mensuelles et une kharja
annuelle.
La Zaouïa est une sorte de
sanctuaire, où les gens viennent se recueillir, se confier et chercher sérénité
réconfort et soulagement, par le biais des prières qu’ils adressent à Dieu par
l’intercession du « saint ».
Il y a lieu de distinguer, en
termes d’importance, les Zaouïas principales dites mères et les Zaouïas
secondaires. L’importance d’une Zaouïa est tributaire de son rayonnement dans
son milieu social ainsi que de l’influence et du positionnement de la confrérie
dont elle relève.
Les « Tourbas » attenantes à
certaine zaouïas servent à inhumer les dignitaires ou descendants du saint
fondateur.
Historiquement la mouvance
soufi en Tunisie a eu une période d’un soufisme « individuel » des « Awlia’
fondateurs ». Elle remonte au 6ème siècle de l’hégire (12ème
s) avec les noms illustres de A.H. Chadhouli, A.Medien Chouâib, Abou Ali
Essouni, etc…Le passage du soufisme de pratique individuelle à une «
organisation » et pratique collective, donc d’une mutation d’un soufisme d’idée
et de pensée abstraite à un soufisme populaire de « rituels » fétichiste et
ostentatoire, au 9ème s.h.(15ème s), va donner lieu à un
développement de traditions de Ziaras, de cérémonies de chants et de danses
(Hadhra) , d’instauration de système de « promesses » et de donations.
C’est ainsi que l’on va
assister à la naissance des confréries comme puissance économique et sociale
locales et parfois même nationales et extra nationales, dans un contexte
politique caractérisé par la faiblesse du pouvoir central.
Bien que ce passage au soufisme
populaire particulièrement dans les campagnes ait favorisé une meilleure
diffusion de la religion musulmane par la création de « Kouttabs », il est
indéniable que cette adhésion des masses de démunis était une sorte de quête «
d’asile » et « d’immunité » dans une période historique marquée par l’insécurité
et l’injustice.
Dés lors, la société sera régie
par le triptyque du pouvoir qu’est l’Etat, la Tribu et la Confrérie.
Certaines analyses expliquent
l’expansion du soufisme populaire au Maghreb en général comme une triple
revanche de minorités opprimées :
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<!--[endif]-->celle
de l’amazigh par l’intégration de certaines croyances païennes.
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<!--[endif]-->celle
de la femme, par sa prise en charge d’une pratique « religieuse » plus autonome
et plus affirmée.
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<!--[endif]-->celle
des Noirs, dont l’islamisation(en tant qu’esclaves) ne pouvait être que
superficielle, par un rappel de leurs anciennes croyances africaines.
Cinq grandes confréries
principales se sont partagé l’espace social et politique tunisien, tout au long
des siècles derniers. Leur puissance économique, leur implantation et leur
influence vont constituer leurs atouts dans toute négociation avec le pouvoir
husseinite ainsi qu’avec la puissance coloniale.
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<!--[endif]-->La
Kadiria :
Fondé par Sidi Abdelkader Al Jaylali en Irak elle est la Tarîqat de l’empire
Ottoman donc du pouvoir Husseinite (jusqu’à une certaine époque). Elle est la
plus ancienne et la plus importante en terme d’adhérents (Atbaâ) qui comptaient
à l’époque coloniale prés de 118000, ainsi que 109 Zaouïas réparties sur tout le
territoire du pays, la Zaouïa mère est situé a Menzel Bouzelfa ; la plus
influente est celle du Kef connue historiquement pour avoir pris le parti de
l’invasion coloniale en 1881.
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<!--[endif]-->La
Rahmania
: Dont la fondation remonte au 18ème siècle, avec la Zaouïa du Kef,
ses adhérents comptent 114000 avec un réseau de 47 Zaouïas. C’est une confrérie
qui s’est illustré par ses positions hostiles au pouvoir beylical injuste lors
de la révolte de 1864, et contre l’invasion française en 1881.
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<!--[endif]-->L’Îssaouia
: C’est
la confrérie du « bon petit peuple » de Tunisie, fondée par Sidi Mohammed Ben
Îssa à Meknès (Maroc). Célèbre pour son rituel extraordinaire et spectaculaire
dans la partie de la transe avec des scènes de « fakirisme » d’avaleurs de lobes
de cactus, de scorpions et autres tessons de verres etc ; au début du siècle
précédant elle comptait plus de 37000 adhjérents et 144 Zaouïas.
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<!--[endif]-->La
Chadhoulia
: Fondée par Sidi Abul Hassan Chadhouli. La Zaouïa mère( Maqam) de la confrérie
est érigée sur la colline de jellaz ; elle a d’autres Zaouïas dont les maqams de
la Manoubia, de Sidi Fathallah, de Sidi Mahrez, de Sidi Abdallah Cherif et de
Sidi Ali El Hattab.
<!--[if !supportLists]-->·
<!--[endif]-->La
Tijania :
Confrérie arrivée d’Algérie au milieu du 19ème s. par l’entremise
d’Ibrahim Riahi qui en était le premier adepte ; son mausolée de la rue portant
son nom est devenu la 1ère Zaouïa en 1850, et elle devient la tarîqat
de la dynastie husseinite jusqu’à son extinction.
C’est une confrérie
controversée du fait de son allégeance inconditionnelle à la France, ce qui lui
a permis de s’implanter particulièrement dans le sud tunisien (Territoire
militaire)
<!--[if !supportLists]-->·
<!--[endif]-->La
Madania :
Confrérie d’origine Ottomane fondée par Dhafer el Madani au milieu du 19ème,
son implantation en Tunisie (Sfax) est tardive, elle enregistre un rayonnement
notable dans la région de Makthar.
D’autres confréries de moindre
envergure telles la Slaimia, l’Âzzouzia, l’Âroussia, l’Âmiria (Âouamria),
l’Âlouia et la Taïebia attirent à leur tour nombre d’adeptes.
Pendant des siècles les
confréries avaient assis leur puissance et leur légitimité d’abord de leur
patrimoine foncier et agricole constamment fructifié par les donations en Habous
de ses adhérents (Atbaâs ). La dissolution des Habous au lendemain de
l’indépendance a coupé les ressources à l’ensemble des structures confrériques
annonçant ainsi la fin d’une époque.
Toutefois sur le plan social,
le besoin de se confier à une force spirituelle, a permis de maintenir une
relation vivace avec les zaouïas locales parfois en dehors de toute obédience
confrérique ayant des velléités concurrentielles avec les pouvoirs religieux et
politique. C’est le cas de tout le tissus maraboutique actuel qui continue
malgré la modernisation sociale et politique, ainsi que la généralisation de
l’enseignement, à drainer des milliers de citoyens aux cérémonies et rituels
soufis.
Un parent
pauvre du chant soufi : Le mézoued des faubourgs de Tunis :
Il s’agit
du corpus sacré et populaire différent du sacré soufi, même si les saints
invoqués sont souvent communs, c’est un soufisme pauvre dénué de la dimension
spirituelle « il répond à l’aspiration des couches populaires à une religion
simple de convictions avec des rituels chauds et trépidants।
Les couches populaires trouvent en ses représentants (c-a-d les saints et
les marabouts) les intercesseurs auprès de Dieu et des protecteurs qui les
assistent dans l’épreuve। Le besoin était si pressant à
la distraction et à l’assistance dans une époque caractérisée par sa rigueur et
riche en calamités<!--[if
!supportFootnotes]-->[1]<!--[endif]-->
»
Ce répertoire est prétexte à un défoulement corporel physique et psychique, par
le biais de la danse. Le répertoire modal de la musique proprement dite des
chansons du mezoued estt typiquement citadine et constitué des Tobôo sika,
h’ssine rast dhil, rast abidi, mhaîar irak, ardhaoui, etc…
De 1930 à
1950
La chanson du mezoued puisait son énergie et sa vitalité auprès de ses fans qui en faisaient un signe de reconnaissance mutuelle et une sorte de cri de ralliement des ouled echââb en opposition aux ouleds nanati, par des manifestations ostentatoires et tapageuses de la virilité dans la danse, et l’allure physique.
Une époque nouvelle avec des jours meilleurs,
s’ouvrait devant la chanson du mezoued, malgré les pronostics des analystes les
plus optimistes des années 70.
Avec l’expansion industrielle et d’exode rural, Les années 80, verront
l’émergence de nouveaux pôles d’urbanisation spontanée (Ettadhamen, Mnihla,
Douar hicher, les alentours de l’Ariana, Kram ouest et 5 Schneider), sont autant
de facteurs d’épanouissement de la chanson du mézoued.
Le développement des technologies bon marché des appareils et supports
d’enregistrements , constituera un facteur de rapprochement entre les
producteurs et les consommateurs de la chanson du mézoued. La croissance du
marché est spectaculaire, de nouveau noms percent dans le sillage de Habbouba le
précurseur, tels: Farzit, Kahlaoui, Errouge, Tellili Lotfi Jormana et d’autres.
Le mega spectacle «
Nuba » donnera un autre départ à la chanson du Mezoued, Hedi Donia fera un
véritable retour aux sources du chant soufi populaire.